Le capitalisme habite dans l'entreprise. Il révèle sa maladie dans ses décisions abusives contre les autres intérêts, ceux des employés, des clients, de l'environnement, des sociétés humaines. Lorsqu'il se laisse aller à ces extrémités, il s'expose démasqué, malade, un pouvoir abusif des actionnaires sur les autres parties de l'entreprise. La corporate governance a consacré la prise de pouvoir des actionnaires dans les entreprises depuis la fin des années 1970, accompagnée de la domination des marchés financiers sur les entreprises et l'économie réelle. Il s’agit donc de reprendre le pouvoir aux actionnaires et de l'équilibrer, de créer une corporate balance.

 

Dans cette configuration nouvelle, l’entreprise n'est plus employée au bénéfice dominant des actionnaires mais des relations d'échange avec l’entreprise. Les dirigeants poursuivent non plus l’objectif unique des actionnaires à satisfaire mais celui des trois parties au conseil d’administration, en cherchant le compromis et l’équilibre des intérêts dans les décisions prises. L’entreprise doit prendre en compte directement à la fois l’intérêt des clients, des salariés et des actionnaires.

 

Ce type d’entreprise au pouvoir équilibré peut être appelée entreprise libérale à la différence d’une entreprise capitaliste, d’une coopérative ou d’une mutuelle. L’entreprise libérale est équilibrée en termes de pouvoir pour éviter qu'elle ne soit orientée vers un intérêt unique, des clients, des actionnaires ou des salariés. Le pouvoir ne disparaît pas car il ne disparaît jamais. Il est seulement combattu par la concurrence et surtout contrôlé par une répartition interne des pouvoirs. Le plus grand contre-pouvoir au capitalisme se trouve dans un équilibre nouveau des pouvoirs et une nouvelle répartition des sièges du conseil d’administration qui évite des décisions dans un seul intérêt. L’entreprise libérale qui apparaît est donc une entreprise du compromis et même du consensus.

 

La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) si à la mode aujourd’hui en est un précurseur montrant la prise en compte progressive d’intérêts autres que ceux des actionnaires, des sujets sociaux et environnementaux. Il est possible de voir dans cette responsabilité une évolution économique qui tend à limiter le capitalisme en proposant des objectifs différents du profit, en dénonçant les abus de pouvoir qu'il peut créer et en essayant de faire respecter une éthique, restée encore peu puissante. La RSE n'est pas encore vraiment mûre, elle le sera quand elle aura réussi à imposer ses représentants externes aux entreprises dans une vision de pouvoir en équilibre dans les entreprises.

 

Les commissaires aux comptes chargés de certifier les comptes (et donc les profits) existent depuis longtemps en économie. Il est regrettable de ne pas avoir vu encore surgir leurs compléments de la RSE, les commissaires aux comptes sociaux et environnementaux. Ces nouveaux commissaires aux comptes pourraient évaluer la performance environnementale et sociale et certifier l'activité non financière de l'entreprise, que ce soit son empreinte carbone, la gestion de ses déchets et de sa production, le bien-être de ses salariés, fournisseurs et clients, etc. Cette nouvelle classe de commissaires aux comptes pourraient en ne certifiant pas les comptes sociaux et environnementaux créer une véritable crise de confiance et de direction de l'entreprise en question. Le jour où les dirigeants risqueront de perdre leur rémunération et leur position sur la base de la RSE, celle-ci aura gagné et atteint son but de prise en compte réelle d'autres intérêts que le profit.

 

L’équilibre du pouvoir au sein du conseil d’administration est la prochaine étape logique et efficace pour défendre et promouvoir la RSE, les intérêts sociaux et environnementaux dans l’entreprise. Plutôt que par les lois et réglementations de l’Etat, le pouvoir de la société civile, des clients, par la concurrence et bientôt la coopération, est un outil prodigieux pour orienter les entreprises vers un équilibre de leur gouvernance et plus largement vers une économie de marché équilibrée, une équinomie.

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