Dans l'économie définie comme "échange pacifique et volontaire", la propriété est un concept fondateur et pourtant paradoxal. La propriété n'a jamais été obtenue par le consentement ou la paix, une incohérence pour l'économie entière. En réalité, la distribution de la propriété trouve sa source dans une histoire violente, sans justice autre que celle du plus fort imposant son pouvoir et sa répartition de la propriété. Les manuels d'histoire du monde entier regorgent de ces guerres, massacres et révolutions qui déplacent les propriétés sans effacer leur origine arbitraire.

 

La propriété de soi aussi pose question : si seuls les plus talentueux, les plus riches, les mieux formés, les mieux nés sont capables de progresser dans nos sociétés modernes, formant ce 1% super-riche, comment justifier la répartition de cette propriété de soi envers tous les autres qui la subissent sans avantage ? Le renvoi sans fin à l'arbitraire est injuste. L'arbitraire provient de la violence de l'Etat et de l'histoire humaine pour la propriété des biens autant que du hasard des talents : qui a choisi ses gènes, son lieu de naissance, sa famille, son origine sociale ?

 

Tout sonne faux dans un monde qui cherche la paix par l’économie et se repose sur l'arbitraire et l'absence de consentement sur la propriété. Vouloir fonder une économie pacifique sur une propriété arbitraire (par la violence ou le hasard) est un paradoxe qui déstabilise l'économie. Le fil argumentatif autour de la justice se résume donc ainsi : la propriété actuelle est d'origine arbitraire, donc injuste. Elle doit devenir consentie pour être juste, par un accord rationnel de tous. Cet accord se trouve dans un revenu minimum équivalant à 50 % du PIB, redistribué de façon égale à chaque adulte.

 

La redistribution de la production repose sur un accord contractuel unanime des hommes, qui se retrouvent à discuter la justice de la propriété sans recours à la violence, chacun possédant le droit de refuser cet accord s’il ne lui est pas bénéfique, rationnel et donc juste. L’accord unanime des hommes sur ce contrat social nouveau est l’objectif à atteindre, ce qui lui donne sa valeur mais aussi sa difficulté car chacun peut s’y opposer. Ce contrat social consiste en un échange, une partie de la production donnée à chaque homme contre l'accord de chacun sur la propriété. Economiquement, obtenir constamment une partie de la production totale d'une société revient à posséder une partie virtuelle de la propriété totale de la société.

 

Si cette part distribuée est la contrepartie d'un accord sur la propriété, alors la justice apparaît, de façon contractuelle, dans la construction d'un système plus juste, raisonné et non violent. Une somme d’argent suffisante, un revenu minimum octroyé à chaque individu peut entraîner leur accord. Ils échangent une liberté économique contre leur accord sur la propriété actuelle. Les bases d'un contrat rationnel, un contrat social de propriété, sont posées et elles créent la justice par la volonté, le consentement de tous. La négociation contractuelle théorique aboutit finalement à l'échange égal, à partager moitié-moitié : moitié à la redistribution, moitié aux propriétaires.

 

Ce contrat social de propriété accorderait une liberté économique nouvelle et la sécurité d'une propriété justifiée, deux gains échangés l’un contre l’autre. L'objectif de ce contrat est simple : obtenir la justice (donc la paix) pour tous par une économie acceptée par tous. Cette justice libère les hommes dans le même temps qu’elle pacifie l’économie. Ainsi, un revenu minimum universel peut rendre acceptable l'arbitraire de la propriété, en créant les conditions de la paix et en garantissant la liberté des échanges. Il est de 50% du PIB, soit après paiement des impôts régaliens, de l'éducation publique et de la sécurité sociale, un montant de 1000 € par mois par adulte en France. Une économie équitable apparaît par cette résolution du plus gros problème de l'économie, l'arbitraire de la propriété. Elle s'appelle équinomie.

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