Le capitalisme déstabilise inexorablement l'économie. Il a pris le pouvoir et, bien défendu par les qualités de l'économie de marché, il domine l'économie. Il laisse libre cours à son intérêt personnel, le profit infini. Chacun sait que le pouvoir est dangereux et a la capacité de pervertir les hommes. Le cas du capitalisme n'y échappe pas. Les bénéficiaires du capitalisme perçoivent des sommes extrêmement élevées, déséquilibrant l'économie. Cette situation a empiré depuis le début de sa maladie, à la fin des années 1970. Les inégalités augmentent rapidement, les plus riches voyant leurs revenus croître beaucoup plus vite que le reste de la population des pays développés. L'ampleur du problème de répartition des revenus aux Etats-Unis se lit clairement :

 

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Les plus riches américains ont capté depuis 40 ans une part toujours plus considérable à la fois des revenus et de la croissance. Les 1% les plus riches ont capté plus de 90% de la croissance de leur pays depuis 25 ans. Ils en sont maintenant revenus à la situation des années 1920 (avant le krach boursier de 1929). La part de revenus des 1% les plus riches a doublé depuis la fin des Trente Glorieuses et même triplé pour les 0,1% les plus riches. Dans le même temps, le revenu médian aux Etats-Unis a stagné, illustrant la captation de richesse des plus riches au détriment du reste de la population.

 

Plus frappant encore pour les esprits, ce graphe similaire qui compare les 10% les plus riches et les 90% les plus pauvres, au niveau de leur part des revenus globaux :

 

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Alors que la proportion était relativement stable durant les Trente Glorieuses, les deux parts de revenus ont commencé à converger, si bien que maintenant les 10% les plus riches gagnent plus que les 90 % les plus pauvres aux Etats-Unis. Le déséquilibre de revenus a atteint un tel niveau qu'il en devient insupportable.

 

Ce phénomène de surépargne est issu d'inégalités de revenus trop importantes. La surépargne se répercute au-delà des 1% les plus riches disposant de revenus qu'ils ne peuvent consommer tant ils sont élevés. Les 10 à 20% les plus riches aussi épargnent de manière excessive à cause de la bulle immobilière qui accompagne l'épargne excessive, par la peur du lendemain, du capitalisme et de ce chômage possible. L'épargne, quand elle devient si élevée et déprime la consommation, est le symptôme non pas d'une économie positive mais de la cupidité et de la peur des acteurs.

 

Le capitalisme déstabilise l'économie par les inégalités qu’il génère. Inégalités traduites en épargne excessive, qui doit bien trouver où s’investir. Elle ne peut pas dormir sur des comptes en banque sans créer des troubles majeurs sur le niveau de consommation et en conséquence directe la production. Donc la solution trouvée plutôt que de rééquilibrer les inégalités a été d’endetter les acteurs. L'épargne excessive diminue la consommation et menace de provoquer des récessions. Alors l'Etat s'endette pour éviter le pire et maintenir la consommation à des niveaux suffisants. Le capitalisme a créé une machine à endettement incroyable, inarrêtable à ce stade. L'Etat est surendetté et le capitaliste est surépargnant, alors il prête à l'Etat.

 

Une première alerte s'est manifestée en 2008, lors de la crise des subprimes. L’endettement immobilier privé aux Etats-Unis était devenu insoutenable. La dette immobilière dépassait la valeur des maisons et ne pouvait plus être seulement repoussée sans être jamais remboursée. Quand cette limite a été atteinte, le système entier a vacillé. Alimenter la consommation par la dette privée ne fonctionnait plus aux Etats-Unis, alors l’Etat américain a pris le relais (et à sa suite beaucoup d'autres) pour sauver l'économie par de la dette publique avec un déversement de monnaie papier colossal à un taux nul ou même négatif. Les banques centrales et les Etats ont solutionné une crise d'endettement par encore plus d'endettement. N'y a-t-il pas là un léger problème logique ? Une catastrophe économique se profile, vers laquelle le capitalisme tend, étrangement impuissant. Là se trouve sa faiblesse, le déséquilibre économique issu de son désir de profit toujours supérieur.

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