Pour rebondir sur le plaidoyer qui a fait l'actualité aujourd'hui (15.000 scientifiques ont signé un document demandant d'arrêter la destruction de l'environnement), voici la modeste contribution d'Equinomy sur ce sujet brûlant ! Il est possible de sauver la planète, par une mesure économique minime mais aussi majeure... 

 

L'équinomie : une économie durable de marché

 

Le capitalisme et le consumérisme détruisent depuis trop longtemps l'environnement par la pollution, le gaspillage et la surconsommation. L'urgence est de sauver la planète, ce qui peut être fait en une seule mesure simple, sans technologies révolutionnaires ou bouleversements économiques ou sociaux imposés. Une économie durable de marché se révèle possible. Plutôt qu'une décroissance forcée, l'économie durable de marché ne prêche pas le moins (de productivité et d'échanges) mais le mieux. Elle est la solution écologique progressiste de notre économie actuelle. Plus de qualité, de durabilité, moins de gaspillage, de déchets, la machine productive entière peut se transformer pour limiter au maximum les pertes de matière, d’énergie et l'empreinte économique sur les écosystèmes. L'opposition théorique construite entre économie et écologie n'existe en réalité pas.

 

Le choix artificiellement binaire entre décroissance écologique ou croissance destructrice renouvelle le même manichéisme que celui déjà vécu entre capitalisme et communisme. Il est possible de penser au-delà de ces deux non-solutions : le troisième choix possible est celui d'une croissance durable, écologique, par une économie durable de marché. Progrès, productivité, baisse de consommation des ressources peuvent être unis à l'augmentation des échanges en valeur monétaire. L'économie entière serait donc orientée vers la défense et la reconstruction de l'environnement, qui passerait de support à objectif. Il faut pour cela que les entreprises s'en emparent.

 

L'environnement dans les entreprises capitalistes est encore trop souvent négligé ou l'objet d'initiatives sans impacts financiers masquant leur désintérêt profond, alors qu'il devrait se trouver au cœur de leurs préoccupations, avant même la maximisation du profit. Résoudre la crise environnementale est simple en réalité à expliquer, beaucoup plus difficile à réaliser. La solution se résume en une seule phrase aussi simple à écrire que difficile à mettre en pratique : pour sauver la planète, il suffit de rémunérer les dirigeants des 1000 plus grandes entreprises mondiales sur cet objectif de préservation de l'environnement dans leur entreprise (plutôt que la maximisation du profit). [1]

 

Si tous ces grands dirigeants étaient orientés par leur nomination et rémunération vers la défense de l'environnement, la mutation serait profonde dans ces entreprises dominant l'économie mondiale et par ricochet dans l'économie entière (par leur impact sur leurs usines, leurs entrepôts et bureaux, leurs salariés, leurs fournisseurs, leurs distributeurs et même les Etats où elles produisent et vendent). Des centaines de mesures peuvent être prises rapidement par ces plus grandes entreprises mondiales, chacune réduisant légèrement l'impact écologique mais transformant collectivement l'économie. Si l'environnement devenait le critère principal de rémunération des plus grands dirigeants plutôt que par les stock-options, la diminution en dix ans des dégâts de l'économie sur l'environnement serait sans aucun doute prodigieuse.

 

Comment imposer cette modification d'objectif dans la rémunération de ces dirigeants ? La réponse historique passe par le recours à l'Etat et à ses lois contraignantes mais limitées à un seul pays. Il existe cependant mieux que l'Etat, il existe la société civile, représentée surtout par les clients en économie. Si les clients étaient suffisamment nombreux à demander (ou exiger) une rémunération des dirigeants sur des critères environnementaux, alors l'environnement deviendrait vraiment une priorité. Rémunérer ces dirigeants pour que leur entreprise (et par extension tous leurs salariés, fournisseurs, sous-traitants, distributeurs...) devienne véritablement écologique est la solution la plus simple, rapide et efficace. Il faut par contre en avoir le pouvoir. Les clients l'ont, ensemble. L'utiliseront-ils pour sauver la planète ? C'est une bonne question. Ils savent maintenant comment sauver la planète, rapidement, simplement et efficacement : par la rémunération des dirigeants.

 

L'économie de marché capitaliste dans laquelle nous vivons peut devenir rapidement par une seule mesure simple une économie durable de marché, ingrédient fondamental du remède du capitalisme. L'économie de marché peut être rééquilibrée vers l'écologie en même temps que le social et la liberté. Elle se nomme équinomie.

 

 

Sebastien Groyer

 

(Le livre Destins du Capitalisme dont est issu ce texte est en crowdfunding ici :

https://www.kisskissbankbank.com/destins-du-capitalisme )

 

[1] Choisir seulement les 1000 plus grandes entreprises mondiales est une frontière légèrement arbitraire mais ce nombre impacte déjà suffisamment fortement le monde pour atteindre l'objectif recherché (leurs revenus cumulés sont estimés à plus de 30.000 milliards de dollars - 40% du PIB mondial - et elles emploient plus de 100 millions de personnes directement en 2016). La puissance économique de ces 1000 plus grandes entreprises est telle qu'elle transformerait tout dans l'économie mondiale, dans ce mouvement écologique majeur.

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