A voir ses méfaits actuels, beaucoup voudraient voir disparaître le capitalisme. Pourtant, sa fin serait une solution pire que le mal. Le capitalisme doit être sauvé et se transformer.

 

Pour décider de le sauver plutôt que désirer sa fin, il faut bien le comprendre. Le capitalisme se définit comme "le pouvoir[1] aux mains des actionnaires dans les entreprises", distinct donc de l'économie de marché, "système économique où les hommes et les prix sont libres"[2]. Marx, Weber, Keynes, Hayek, Schumpeter, Friedman, etc. ont tous pensé le capitalisme comme un système économique global plutôt que comme une configuration - sous-optimale - de pouvoir au sein de l'économie de marché, ce qui a  empêché leur distinction. La distinction est très visible dans la réalité : leurs objectifs s'opposent, monopole contre concurrence, pouvoir contre liberté. Aujourd'hui, nous vivons donc dans une économie de marché capitaliste, mélange de pouvoir aux mains des actionnaires dans la majorité des entreprises (au niveau micro-économique) et de liberté des prix et de choix des acteurs (de son travail aussi bien que des biens et services) au niveau systémique.

 

Pour bien saisir la particularité de l'économie de marché capitaliste, il suffit d'imaginer un instant une économie de marché où les entreprises ne sont pas indirectement dirigées par les actionnaires, capables de nommer et rémunérer les dirigeants. Par exemple, il est possible de penser une économie de marché coopérativiste où les entreprises sont dirigées par les salariés, prenant les risques et rémunérant le capital à un niveau fixé. Cette économie de marché différente, non capitaliste, obéirait encore aux mêmes prix libres, à la même concurrence, au choix libre des clients et plus largement des acteurs. Cependant le capitalisme n'existerait plus puisque les entreprises ne seraient plus dominées par le pouvoir des actionnaires, par le capital et dans un intérêt dominant de maximisation du profit. Ce n’est pas la voie de la coopérative qui est défendue mais elle reste un exemple parlant de distinction.

 

Le capitalisme est un pouvoir. Pour supprimer un pouvoir, il en faut un encore supérieur qui le supplante. La fin du capitalisme nécessiterait un pouvoir plus important que lui, comme le communisme, et donc une escalade dans le mal, dans les réponses de plus en plus totalitaires et violentes. Autant dire une très mauvaise idée du point de vue de la liberté des hommes qui pour se débarrasser d'un pouvoir doivent accepter des pouvoirs encore plus importants. Dans notre cas, il s'agit donc de diminuer le pouvoir, quels qu'en soient les détenteurs, pas de l'augmenter. Répondre au pouvoir par plus de pouvoir est une erreur, en économie comme en politique. Répondre au pouvoir capitaliste par un pouvoir plus grand est néfaste pour notre liberté individuelle, notre épanouissement, notre recherche de bonheur. 

 

L'objectif poursuivi est donc la guérison du capitalisme plutôt que sa fin, par l'instauration de contre-pouvoirs efficaces, dans la plus pure tradition libérale. La domination excessive du capital caractérise la maladie du capitalisme. Sa diminution amènera une liberté neuve, par l'équilibre des pouvoirs obtenu à tous les niveaux économiques. La quête d'un remède pour le capitalisme est donc la quête des contre-pouvoirs qui permettraient de l'équilibrer et de nous libérer véritablement. Ces contre-pouvoirs existent déjà en réalité, symbolisés par l'économie de marché et l'Etat qui équilibrent le capitalisme en s'y opposant, le maintenant finalement en vie. Le capitalisme serait sauvé, en étant équilibré. Nous en serions libérés.

 

[1] Et non la propriété, qui ne change pas de mains (voir en particulier la séparation entre propriété et pouvoir, Berle et Means, The Modern Corporation and Private Property , New York, Macmillan, 1932 )

[2] Cette distinction conceptuelle a été l'objet de ma thèse de philosophie à La Sorbonne soutenue en mai 2015 (Capitalisme et Economie de marché)

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