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Rapport Notat-Sénard, plus qu'un siècle de retard !

Le rapport Notat-Sénard a été remis ce 9 mars 2018 dernier au gouvernement français, en préparation du projet de loi Pacte. Il propose en particulier une transformation du contrôle de l'entreprise, en intégrant de plus nombreux représentants des salariés dans les conseils d'administration. L'objectif avoué est de limiter le pouvoir direct des actionnaires, trop portés à la maximisation de leur intérêt propre - le profit - au détriment de l'intérêt long terme de l'entreprise dans son ensemble, que comprendraient et défendraient mieux les salariés. On ne savait pas les salariés si clairvoyants et si altruistes car ne défendant pas seulement leur intérêt propre... Il n'y aura qu'à demander aux salariés bientôt en grève de la SNCF.

 

La codétermination, cette gouvernance d'entreprise fondée sur le partage du pouvoir entre actionnaires et salariés, est loin d'être nouvelle. Elle existe depuis un siècle en Allemagne (les premiers exemples datent de 1920), et est une forme très répandue dans les pays européens. Ainsi, le rapport Notat-Sénard s'il était suivi dans la loi à venir serait le passage progressif en France d'une gouvernance du 19è siècle à une gouvernance du 20è siècle. Au moins, ce sujet avance. Nous n'aurions plus qu'un siècle de retard. Victoire.

 

En 2018, une gouvernance moderne, du 21è siècle, serait néanmoins plus adaptée, surtout pour défendre d'autres intérêts que ceux des producteurs (que sont les actionnaires et salariés). La codétermination au sein de Volkswagen a en effet clairement échoué, avec le maquillage des tests de pollution de ses voitures. Est-ce parce que réussir réellement ses tests n'était ni dans l'intérêt direct des actionnaires, ni des salariés ? L'environnement, la qualité des produits, l'arrêt de l'obsolescence programmée, la fin des prix issus d'ententes, oligopoles et monopoles sont-ils des objectifs tout à fait réels dans la codétermination ? Il est possible d'en douter, pour ne pas dire plus.

 

La codétermination est née comme l'hybride de deux formes de gouvernance pures car totales, la coopérative - dirigée par les salariés - et l'entreprise capitaliste - dirigée par les actionnaires. Etrangement, est oubliée la troisième et dernière forme pure de gouvernance, la mutuelle avec les clients. Les mutuelles existent et comptent pourtant dans notre économie nationale. Elles devraient être intégrées dans la réflexion. Mais non, les clients demeurent muets, n'ont pas de voix ni de contrôle par des représentants au sein des conseils d'administration. Ce sont eux qui veulent des produits écologiques, de qualité et à des prix corrects. Ce sont pour eux qu'une économie de marché concurrentielle ouverte existe, et il est d'autant plus étonnant de ne pas les voir représentés directement dans l'entreprise.

 

Une gouvernance du 21è siècle ne peut pas laisser de côté les clients. Ils apporteraient un vrai contre-pouvoir aux producteurs et un véritable équilibre des pouvoirs dans l'entreprise avec un tiers des sièges à chaque partie, actionnaires, salariés et clients. Le management aurait donc à trouver le compromis qui permet de faire avancer l'entreprise dans la direction commune. Exit le fantasme de l'intérêt général que personne ne connaît mais qui déguise les intérêts propres. Ici, chacun défend de façon transparente et honnête son intérêt propre et leur confrontation permet de trouver des solutions plutôt que déguiser l'abus d'une partie sur les autres. Au-delà de l'ancienne codétermination, une nouvelle gouvernance de tridétermination positionnerait la France dans le 21è siècle. Et peut-être ensuite le monde.

 

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Winter is leaving and Equinomy is coming

Après la réussite du crowdfunding du livre Destins du Capitalisme en fin d'année dernière, que s'est-il passé pendant l'hiver pour Equinomy ?

Et bien, pas mal de choses, malgré un accident sportif malencontreux qui a ralenti la bonne exécution du plan de marche. Tout d'abord, la mise en vente sous format électronique et papier sur internet du livre ! Il est donc disponible pour tous sur Amazon, et vous le trouverez à cette adresse :

https://www.amazon.com/Destins-Capitalisme

Ensuite, l'impression et la livraison à Paris des 1000 exemplaires à la fin du mois de janvier. Puis, la distribution et l'envoi aux gentils crowdfunders-acheteurs de 500 de ces livres (étape qui n'est pas encore terminée mais le sera dans les prochaines semaines). Merci encore à eux ! Il en reste donc 500 pour la promotion.

Enfin, l'envoi d'un exemplaire de ce livre à tous les dirigeants des entreprises du CAC40, fin février. J'ai déjà reçu quelques remerciements de la part de certains d'entre eux (Danone, Michelin, LVMH, Vivendi, Engie, Veolia, merci !) et j'espère que d'autres suivront, et surtout qu'ils le liront et l'appliqueront (ou essaieront de l'appliquer) !

A venir, la poursuite de la promotion avec les députés, sénateurs et autres hommes et femmes politiques, et bien sûr les journalistes, sans oublier les économistes et académiques pour continuer à diffuser ces idées. N'hésitez pas à en parler autour de vous...

La saison des Assemblées Générales va commencer, je vais donc continuer également la sensibilisation annuelle à la gouvernance équilibrée des entreprises, en plus de la diffusion du livre...

Bonne fin d'hiver à tous !

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Fin du Crowdfunding

Le crowdfunding s'est terminé (avec succès !) il y a déjà une dizaine de jours, le temps passe très vite. Les premières versions électroniques du livre Destins du Capitalisme quittent à peine ma boîte mail aujourd'hui et les versions papiers sont prêtes partir à l'impression. 

Le livre paraîtra donc dans quelques semaines en version papier, avec l'ambition de le faire lire à un grand nombre de grands dirigeants d'entreprises, de journalistes, d'hommes politiques et d'économistes pour faire connaître l'équinomie. Le contrat est déjà à moitié rempli, ce livre a vu le jour et vivra donc ensuite sa vie, en espérant qu'elle soit longue.

Un grand merci à tous ceux qui ont participé au projet et à très bientôt en 2018 pour la suite.

 

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Equilibrer les entreprises

Le capitalisme habite dans l'entreprise. Il révèle sa maladie dans ses décisions abusives contre les autres intérêts, ceux des employés, des clients, de l'environnement, des sociétés humaines. Lorsqu'il se laisse aller à ces extrémités, il s'expose démasqué, malade, un pouvoir abusif des actionnaires sur les autres parties de l'entreprise. La corporate governance a consacré la prise de pouvoir des actionnaires dans les entreprises depuis la fin des années 1970, accompagnée de la domination des marchés financiers sur les entreprises et l'économie réelle. Il s’agit donc de reprendre le pouvoir aux actionnaires et de l'équilibrer, de créer une corporate balance.

 

Dans cette configuration nouvelle, l’entreprise n'est plus employée au bénéfice dominant des actionnaires mais des relations d'échange avec l’entreprise. Les dirigeants poursuivent non plus l’objectif unique des actionnaires à satisfaire mais celui des trois parties au conseil d’administration, en cherchant le compromis et l’équilibre des intérêts dans les décisions prises. L’entreprise doit prendre en compte directement à la fois l’intérêt des clients, des salariés et des actionnaires.

 

Ce type d’entreprise au pouvoir équilibré peut être appelée entreprise libérale à la différence d’une entreprise capitaliste, d’une coopérative ou d’une mutuelle. L’entreprise libérale est équilibrée en termes de pouvoir pour éviter qu'elle ne soit orientée vers un intérêt unique, des clients, des actionnaires ou des salariés. Le pouvoir ne disparaît pas car il ne disparaît jamais. Il est seulement combattu par la concurrence et surtout contrôlé par une répartition interne des pouvoirs. Le plus grand contre-pouvoir au capitalisme se trouve dans un équilibre nouveau des pouvoirs et une nouvelle répartition des sièges du conseil d’administration qui évite des décisions dans un seul intérêt. L’entreprise libérale qui apparaît est donc une entreprise du compromis et même du consensus.

 

La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) si à la mode aujourd’hui en est un précurseur montrant la prise en compte progressive d’intérêts autres que ceux des actionnaires, des sujets sociaux et environnementaux. Il est possible de voir dans cette responsabilité une évolution économique qui tend à limiter le capitalisme en proposant des objectifs différents du profit, en dénonçant les abus de pouvoir qu'il peut créer et en essayant de faire respecter une éthique, restée encore peu puissante. La RSE n'est pas encore vraiment mûre, elle le sera quand elle aura réussi à imposer ses représentants externes aux entreprises dans une vision de pouvoir en équilibre dans les entreprises.

 

Les commissaires aux comptes chargés de certifier les comptes (et donc les profits) existent depuis longtemps en économie. Il est regrettable de ne pas avoir vu encore surgir leurs compléments de la RSE, les commissaires aux comptes sociaux et environnementaux. Ces nouveaux commissaires aux comptes pourraient évaluer la performance environnementale et sociale et certifier l'activité non financière de l'entreprise, que ce soit son empreinte carbone, la gestion de ses déchets et de sa production, le bien-être de ses salariés, fournisseurs et clients, etc. Cette nouvelle classe de commissaires aux comptes pourraient en ne certifiant pas les comptes sociaux et environnementaux créer une véritable crise de confiance et de direction de l'entreprise en question. Le jour où les dirigeants risqueront de perdre leur rémunération et leur position sur la base de la RSE, celle-ci aura gagné et atteint son but de prise en compte réelle d'autres intérêts que le profit.

 

L’équilibre du pouvoir au sein du conseil d’administration est la prochaine étape logique et efficace pour défendre et promouvoir la RSE, les intérêts sociaux et environnementaux dans l’entreprise. Plutôt que par les lois et réglementations de l’Etat, le pouvoir de la société civile, des clients, par la concurrence et bientôt la coopération, est un outil prodigieux pour orienter les entreprises vers un équilibre de leur gouvernance et plus largement vers une économie de marché équilibrée, une équinomie.

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Justice de la propriété

Dans l'économie définie comme "échange pacifique et volontaire", la propriété est un concept fondateur et pourtant paradoxal. La propriété n'a jamais été obtenue par le consentement ou la paix, une incohérence pour l'économie entière. En réalité, la distribution de la propriété trouve sa source dans une histoire violente, sans justice autre que celle du plus fort imposant son pouvoir et sa répartition de la propriété. Les manuels d'histoire du monde entier regorgent de ces guerres, massacres et révolutions qui déplacent les propriétés sans effacer leur origine arbitraire.

 

La propriété de soi aussi pose question : si seuls les plus talentueux, les plus riches, les mieux formés, les mieux nés sont capables de progresser dans nos sociétés modernes, formant ce 1% super-riche, comment justifier la répartition de cette propriété de soi envers tous les autres qui la subissent sans avantage ? Le renvoi sans fin à l'arbitraire est injuste. L'arbitraire provient de la violence de l'Etat et de l'histoire humaine pour la propriété des biens autant que du hasard des talents : qui a choisi ses gènes, son lieu de naissance, sa famille, son origine sociale ?

 

Tout sonne faux dans un monde qui cherche la paix par l’économie et se repose sur l'arbitraire et l'absence de consentement sur la propriété. Vouloir fonder une économie pacifique sur une propriété arbitraire (par la violence ou le hasard) est un paradoxe qui déstabilise l'économie. Le fil argumentatif autour de la justice se résume donc ainsi : la propriété actuelle est d'origine arbitraire, donc injuste. Elle doit devenir consentie pour être juste, par un accord rationnel de tous. Cet accord se trouve dans un revenu minimum équivalant à 50 % du PIB, redistribué de façon égale à chaque adulte.

 

La redistribution de la production repose sur un accord contractuel unanime des hommes, qui se retrouvent à discuter la justice de la propriété sans recours à la violence, chacun possédant le droit de refuser cet accord s’il ne lui est pas bénéfique, rationnel et donc juste. L’accord unanime des hommes sur ce contrat social nouveau est l’objectif à atteindre, ce qui lui donne sa valeur mais aussi sa difficulté car chacun peut s’y opposer. Ce contrat social consiste en un échange, une partie de la production donnée à chaque homme contre l'accord de chacun sur la propriété. Economiquement, obtenir constamment une partie de la production totale d'une société revient à posséder une partie virtuelle de la propriété totale de la société.

 

Si cette part distribuée est la contrepartie d'un accord sur la propriété, alors la justice apparaît, de façon contractuelle, dans la construction d'un système plus juste, raisonné et non violent. Une somme d’argent suffisante, un revenu minimum octroyé à chaque individu peut entraîner leur accord. Ils échangent une liberté économique contre leur accord sur la propriété actuelle. Les bases d'un contrat rationnel, un contrat social de propriété, sont posées et elles créent la justice par la volonté, le consentement de tous. La négociation contractuelle théorique aboutit finalement à l'échange égal, à partager moitié-moitié : moitié à la redistribution, moitié aux propriétaires.

 

Ce contrat social de propriété accorderait une liberté économique nouvelle et la sécurité d'une propriété justifiée, deux gains échangés l’un contre l’autre. L'objectif de ce contrat est simple : obtenir la justice (donc la paix) pour tous par une économie acceptée par tous. Cette justice libère les hommes dans le même temps qu’elle pacifie l’économie. Ainsi, un revenu minimum universel peut rendre acceptable l'arbitraire de la propriété, en créant les conditions de la paix et en garantissant la liberté des échanges. Il est de 50% du PIB, soit après paiement des impôts régaliens, de l'éducation publique et de la sécurité sociale, un montant de 1000 € par mois par adulte en France. Une économie équitable apparaît par cette résolution du plus gros problème de l'économie, l'arbitraire de la propriété. Elle s'appelle équinomie.

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Equilibrer le marché financier : la fin de la concurrence fantasmée

 

L'idée d'économie de marché est a été appliquée pour créer les marchés financiers virtuels il y a longtemps, au départ pour de bonnes raisons d’allocation de capital et de connaissance des prix par tous les acteurs. En fournissant de manière transparente le prix de biens économiques majeurs (céréales, énergie, or, etc.), le marché financier permettait d’éviter des manipulations de la part des agents les mieux renseignés. En donnant de plus accès à d’autres placements financiers, il a aussi permis de fournir du capital aux projets risqués qui en avaient besoin. Le capitalisme a profité de ce type de marché virtuel pour en retirer encore plus de pouvoir, en jouant sur la théorie de perfection de l'économie de marché et sur la faiblesse des hommes à la recherche de rendements élevés et de liquidité. Les marchés financiers hyperconcurrentiels dirigent donc maintenant les prix. Un système électronique de fixation des prix fonctionne en exagérant l’idée que la concurrence serait la seule et unique solution pour obtenir le prix juste, le prix vrai.

 

Les marchés financiers ont suivi l'idée de perfection néoclassique de l'économie de marché, où la concurrence infinie devait créer la liberté la plus grande et donc les prix les meilleurs alors qu’elle crée le chaos, une instabilité des prix qui se répercute sur l’économie dans son ensemble. Encore plus, l’informatisation des échanges a permis de créer des transactions à vitesse très élevée (le très connu high frequency trading) qui n’ont plus aucun sens par rapport à l’économie réelle, au temps de traitement humain de l’information, à la production, à la consommation des individus. Les prix sont fixés maintenant par les marchés financiers bien trop concurrentiels et rapides. Corriger ce système financier excessif est aussi un avantage de l'économie de pouvoir, abandonnant l'idée de perfection et de concurrence maximum.

 

Un équilibre nouveau est l'objectif, fait de concurrence et de coopération et destiné à maximiser la liberté réelle des hommes et ainsi l'efficacité du système. La fin de la volatilité des prix n’épuisera plus les entreprises et agents à se couvrir contre des variations de prix excessives et permanentes, à changer leur production pour finalement réussir simplement à créer un peu de stabilité dans des prix devenus fous. La temporalité des marchés financiers n’a plus rien à voir avec celle de l’économie humaine réelle. Elles sont à ce point décorrélées que les marchés financiers sont devenus néfastes. Quel est l'intérêt d'un prix variant à la milliseconde (ou à la seconde, minute et même heure dans certains cas) ? Le blé est semé des mois avant la récolte et planifié souvent sur des années, la réalité et l'homme ont des temps de décision et de travail bien plus lents que les marchés financiers. Les décisions des entreprises sont prises pour des années et non basées sur les variations à la minute du cours de bourse. Le marché financier défaille.

 

L'économie de marché doit donc être orientée vers un équilibre nouveau, fait de concurrence et de coopération et destiné à maximiser la liberté réelle des hommes et ainsi l'efficacité du système. La fin de la volatilité des prix n’épuisera plus les entreprises et agents à se couvrir contre des variations de prix excessives et permanentes, à changer leur production pour finalement réussir simplement à créer un peu de stabilité dans un monde de prix devenus fous. La temporalité des marchés financiers n’a plus rien à voir avec celle de l’économie humaine réelle. Elles sont à ce point décorrélées que les marchés financiers en sont devenus néfastes.

 

Le marché financier est l'exemple le plus remarquable d'un excès de concurrence et de ses résultats négatifs. Plus la concurrence est intense et sans barrières, plus le rapport de forces devient instable et plus le prix peut osciller en fonction des variations rapides et intenses des rapports de force. Il ne s'agit pas d'un plaidoyer pour le monopole ou l’oligopole, au contraire, mais la concurrence ne doit pas être trop importante car elle en devient néfaste. Le capitalisme malade développe des monopoles, des oligopoles ou autres pratiques anti-concurrentielles et il œuvre dans le même temps dans un marché financier dévasté par l'erreur d'une concurrence maximale. Eviter ces deux extrêmes en même temps, concurrence absolue ou absente, pour atteindre une concurrence suffisante permet liberté des acteurs et stabilité des prix. Un certain niveau de concurrence se révèle nécessaire pour éviter les abus du capitalisme, autant qu'un certain niveau de coopération. L’orientation vers un maximum de concurrence n’est pas une solution. Elle est un autre problème, tout aussi grave.

 

Un nombre suffisant d’acteurs en concurrence dans un multipole est donc préférable afin de conserver la capacité pour les partenaires d’échange de faire défection et éviter les ententes. Entre oligopole et concurrence atomisée, un équilibre existe, équilibre qui fait écho à cette idée d'excès ou de manque de concurrence. La coopération existe au sein de l'économie de marché, elle doit complémenter la concurrence, chacun à un niveau suffisant et réaliste. La coopération comme la concurrence ont leur place au sein de l'économie de marché pensée de façon réaliste et équilibrée, au sein d'une équinomie.

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Au-delà de la théorie néoclassique, l'économie de pouvoir

L'économie de marché séparée du capitalisme implique une critique de la théorie néoclassique et l'intégration du pouvoir comme constituant incontournable alors qu'il était jusque-là laissé de côté. Le premier à avoir établi les bases de l'économie néoclassique est Léon Walras[1] en 1874, en créant un équilibre général théorique sous condition de concurrence parfaite. Cette théorie néoclassique sera largement critiquée pendant le XXème siècle par l'incapacité à faire survenir l’équilibre général ainsi que par l’irréalisme des conditions de départ.

 

Le terme de « défaillance du marché » en est venu à résumer toutes les imperfections du marché (externalités, biens publics, asymétrie d’informations, irrationalité, etc) qui structurent la réalité et l’empêchent de s’approcher du marché parfait. Ce terme décrit les situations où le marché ne permet pas d’atteindre les prix optimaux qui permettent l’allocation optimale des ressources. L’efficacité théorique néoclassique est contrecarrée par ces échecs du marché.

 

Encore plus, les entreprises n’ont aucun désir pour la concurrence et essaient au contraire de se constituer une situation de monopole ou d’oligopole, source de profit élevé. Il est en effet tout à fait rationnel pour les producteurs de ne pas tendre vers un système où le profit est très fortement diminué. La théorie néoclassique est en ce sens anti-capitaliste puisque les profits y diminuent largement sous l'effet de la concurrence, phénomène opposé à l'objectif capitaliste de maximisation des profits. Les entreprises capitalistes développent donc des stratagèmes de contournement de la concurrence, des stratégies anticoncurrentielles telles que l’érection de barrières à l’entrée, les acquisitions de concurrents, la différenciation de produits par le marketing et le design, etc.

 

Le pouvoir est le concept qui brille par son absence dans la théorie néoclassique, à un point tel qu'elle semble avoir été conçue délibérément sans pouvoir, dans le but de s'en passer. Il est cependant évidemment demeuré bien présent dans la réalité et le capitalisme s'en est emparé. La théorie néoclassique utilise donc l'idée de concurrence pour faire disparaître le pouvoir, pouvoir abandonné à des acteurs qui s'opposent à la concurrence. Elle n'est pas cohérente : les deux mécanismes de l'économie réelle, capitalisme et économie de marché, ont des objectifs et fonctionnements opposés : le capitalisme cherche à augmenter son pouvoir pour générer toujours plus de profit et l'économie de marché (dans sa vision néoclassique) cherche à le faire disparaître.

 

Une analogie imagée serait celle d'un bateau qui voudrait aller vers le nord mais où les plus puissants rameurs rameraient tous vers le sud. Il est toujours possible de penser qu'une force supérieure, systémique comme le vent (ou une main invisible) peut les manipuler et diriger le bateau vers le nord sans qu'ils le veuillent, mais la réalité est que le bateau va vers le sud, car la voile est baissée et le mât saboté. L'économie réelle se dirige vers la concentration du pouvoir et non sa disparition. Ce bateau est notre économie, clamant se diriger vers le nord mais se dirigeant vers le sud en réalité.

 

Une théorie contredite par la réalité, incohérente entre les comportements des plus puissants acteurs et son objectif est une théorie prête à être remplacée. L'accumulation de critiques des dernières décennies le prouve. Une nouvelle théorie économique alignant les comportements des acteurs avec l'objectif du système entier transformerait l'économie de marché et guérirait dans le même temps du capitalisme. Evidemment, la réintroduction théorique du pouvoir en constitue un pilier indispensable. Une économie de pouvoirs surgit, une économie à équilibrer pour préserver la liberté, une équinomie.

 

[1] Walras, Léon, Éléments d'économie politique pure ou théorie de la richesse sociale, Paris, Guillaumin, 1874.

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La Maladie économique du Capitalisme

Le capitalisme déstabilise inexorablement l'économie. Il a pris le pouvoir et, bien défendu par les qualités de l'économie de marché, il domine l'économie. Il laisse libre cours à son intérêt personnel, le profit infini. Chacun sait que le pouvoir est dangereux et a la capacité de pervertir les hommes. Le cas du capitalisme n'y échappe pas. Les bénéficiaires du capitalisme perçoivent des sommes extrêmement élevées, déséquilibrant l'économie. Cette situation a empiré depuis le début de sa maladie, à la fin des années 1970. Les inégalités augmentent rapidement, les plus riches voyant leurs revenus croître beaucoup plus vite que le reste de la population des pays développés. L'ampleur du problème de répartition des revenus aux Etats-Unis se lit clairement :

 

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Les plus riches américains ont capté depuis 40 ans une part toujours plus considérable à la fois des revenus et de la croissance. Les 1% les plus riches ont capté plus de 90% de la croissance de leur pays depuis 25 ans. Ils en sont maintenant revenus à la situation des années 1920 (avant le krach boursier de 1929). La part de revenus des 1% les plus riches a doublé depuis la fin des Trente Glorieuses et même triplé pour les 0,1% les plus riches. Dans le même temps, le revenu médian aux Etats-Unis a stagné, illustrant la captation de richesse des plus riches au détriment du reste de la population.

 

Plus frappant encore pour les esprits, ce graphe similaire qui compare les 10% les plus riches et les 90% les plus pauvres, au niveau de leur part des revenus globaux :

 

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Alors que la proportion était relativement stable durant les Trente Glorieuses, les deux parts de revenus ont commencé à converger, si bien que maintenant les 10% les plus riches gagnent plus que les 90 % les plus pauvres aux Etats-Unis. Le déséquilibre de revenus a atteint un tel niveau qu'il en devient insupportable.

 

Ce phénomène de surépargne est issu d'inégalités de revenus trop importantes. La surépargne se répercute au-delà des 1% les plus riches disposant de revenus qu'ils ne peuvent consommer tant ils sont élevés. Les 10 à 20% les plus riches aussi épargnent de manière excessive à cause de la bulle immobilière qui accompagne l'épargne excessive, par la peur du lendemain, du capitalisme et de ce chômage possible. L'épargne, quand elle devient si élevée et déprime la consommation, est le symptôme non pas d'une économie positive mais de la cupidité et de la peur des acteurs.

 

Le capitalisme déstabilise l'économie par les inégalités qu’il génère. Inégalités traduites en épargne excessive, qui doit bien trouver où s’investir. Elle ne peut pas dormir sur des comptes en banque sans créer des troubles majeurs sur le niveau de consommation et en conséquence directe la production. Donc la solution trouvée plutôt que de rééquilibrer les inégalités a été d’endetter les acteurs. L'épargne excessive diminue la consommation et menace de provoquer des récessions. Alors l'Etat s'endette pour éviter le pire et maintenir la consommation à des niveaux suffisants. Le capitalisme a créé une machine à endettement incroyable, inarrêtable à ce stade. L'Etat est surendetté et le capitaliste est surépargnant, alors il prête à l'Etat.

 

Une première alerte s'est manifestée en 2008, lors de la crise des subprimes. L’endettement immobilier privé aux Etats-Unis était devenu insoutenable. La dette immobilière dépassait la valeur des maisons et ne pouvait plus être seulement repoussée sans être jamais remboursée. Quand cette limite a été atteinte, le système entier a vacillé. Alimenter la consommation par la dette privée ne fonctionnait plus aux Etats-Unis, alors l’Etat américain a pris le relais (et à sa suite beaucoup d'autres) pour sauver l'économie par de la dette publique avec un déversement de monnaie papier colossal à un taux nul ou même négatif. Les banques centrales et les Etats ont solutionné une crise d'endettement par encore plus d'endettement. N'y a-t-il pas là un léger problème logique ? Une catastrophe économique se profile, vers laquelle le capitalisme tend, étrangement impuissant. Là se trouve sa faiblesse, le déséquilibre économique issu de son désir de profit toujours supérieur.

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Monsieur Capitalisme

Le capitalisme se comprend le mieux quand il est personnifié, devient Monsieur Capitalisme. M. Capitalisme est un vieux et gros monsieur encore vigoureux qui vit la vie du capitalisme et a contracté la même maladie. L’embonpoint accumulé ces dernières décennies ne lui a pas encore ôté toute mobilité, au contraire. Il profite de son hégémonie actuelle pour parcourir le monde entier et grossir partout et il ne semble pas près de (ni prêt à) s'arrêter. La mort de son ennemi M. Communisme à la fin des années 1980 l'a laissé désœuvré, privé d’opposition et d'exercice. Il se sentirait presque seul, alors il abuse beaucoup trop et devient obèse à force d'excès. Aussi curieux que cela puisse paraître, M. Communisme manque à M. Capitalisme maintenant. Ils s’étaient habitués l’un à l’autre, au fur et à mesure des années et s’équilibraient sans se le dire vraiment, finalement. Depuis la disparition du communisme, le capitalisme a gagné mais sa maladie empire.

 

Quoi que nous pensions ou disions, nous sommes responsables de ce que M. Capitalisme est devenu. Nous l'avons laissé devenir ce qu'il est, obèse et fou. Nous devrions lui dire d'arrêter mais nous ne le faisons pas, pour une raison simple : nous avons cru qu'il fallait choisir entre communisme et capitalisme, oubliant alors l'économie de marché. Nous pensions que l'unique choix était d'abandonner le pouvoir à l'un ou à l'autre et qu'il n'y avait pas d'autre solution plus raisonnable. Nous aurions été pourtant bien plus libres et heureux sans eux. Le capitalisme, paré des qualités de l'économie de marché et exposant les graves défauts du communisme comme l'absence de liberté, a été la solution choisie. Le communisme n'était pas plus tendre envers le capitalisme, dénonçant haut et fort ses excès d'inégalités et de cupidité. Seulement le communisme était bien pire, à l'expérience. Il était bien trop autoritaire pour être supportable. Entre la peste et le choléra, le moins mauvais choix est le choléra. Ce fut donc le capitalisme. Nous pourrions presque nous féliciter d'avoir choisi le capitalisme contre le communisme si nous pensions encore être obligés d'abandonner le pouvoir à l'un d'entre eux. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

 

M. Capitalisme est un homme marié. Il est marié à l'économie de marché, à Mme Marché. La façon la plus percutante qui soit de les différencier est en effet de les personnifier. Capitalisme et économie de marché vivent donc en couple, chacun existant indépendamment mais étant néanmoins uni à l'autre, intimement lié par leur relation et leur histoire. Comme tout couple, ils ont bien sûr eu leurs hauts et leurs bas. En ce moment, ils se trouvent dans un abysse dont il faut sortir pour le bonheur et la santé non seulement d'eux mais de tous. Aujourd'hui, nous vivons donc dans une économie de marché capitaliste, mélange de pouvoir aux mains des actionnaires dans la majorité des entreprises (au niveau micro-économique) et de liberté des prix et de choix des acteurs (de son travail aussi bien que des biens et services) au niveau systémique.

 

Pour bien saisir la particularité de l'économie de marché capitaliste, il suffit d'imaginer un instant une économie de marché où les entreprises ne sont pas dirigées dans l'intérêt dominant prioritaire du profit, ne sont pas aux mains des actionnaires capables de nommer et rémunérer les dirigeants. Par exemple, il est possible de penser une économie de marché coopérativiste où les entreprises sont dirigées par les salariés, prenant les risques et rémunérant le capital. Cette économie de marché différente, non capitaliste, obéirait encore aux mêmes prix libres, à la même concurrence, au choix libre des clients et plus largement des acteurs. Cependant le capitalisme n'existerait plus puisque les entreprises ne seraient plus dominées par le pouvoir du capital, par les actionnaires. Notre système économique actuel dual, l'économie de marché capitaliste, se comprend le mieux à l'aide d'une autre économie de marché non capitaliste. La séparation du capitalisme et de l'économie de marché devient plus distincte. Capitalisme et économie de marché sont très différents en réalité même s'ils sont liés depuis leur origine.

 

L'économie de marché capitaliste rend bien moins confuse la compréhension de l'économie réelle grâce à la distinction récente entre ces deux concepts. Les qualités qu'ils revendiquent ne sont pas celles qu'ils possèdent en réalité. Le capitalisme est en ce sens très fort pour s'adjuger les qualités de l'économie de marché. M. Capitalisme profite de la confusion pour s'adjuger les qualités de sa femme Mme Marché et justifier ainsi sa domination sur le monde économique. Quand ces deux idées sont correctement identifiées, séparées l'une de l'autre et de leur couple, la compréhension de leurs qualités et défauts de chacun devient plus claire, limpide même. L'économie de marché capitaliste réelle devient intelligible, les contradictions s'effacent, les théories erronées s'effondrent et les problèmes, excès et maladies s'expliquent. Surtout, un remède apparaît, un chemin vers la guérison, la disparition de la domination capitaliste et la réorganisation de l'économie de marché, à la fois théorique et pratique. L'Etat aussi y joue un rôle, un rôle nouveau de mise en place et de soutien d'une économie de marché capable de contrôler vraiment le capitalisme. L'équinomie est ici, dans une relation saine entre économie de marché et capitalisme.

 

 

Sebastien Groyer

 

(Le livre Destins du Capitalisme dont est issu ce texte est en crowdfunding ici :

https://www.kisskissbankbank.com/destins-du-capitalisme )

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Sauver la planète en une seule mesure (simple)

 

Pour rebondir sur le plaidoyer qui a fait l'actualité aujourd'hui (15.000 scientifiques ont signé un document demandant d'arrêter la destruction de l'environnement), voici la modeste contribution d'Equinomy sur ce sujet brûlant ! Il est possible de sauver la planète, par une mesure économique minime mais aussi majeure... 

 

L'équinomie : une économie durable de marché

 

Le capitalisme et le consumérisme détruisent depuis trop longtemps l'environnement par la pollution, le gaspillage et la surconsommation. L'urgence est de sauver la planète, ce qui peut être fait en une seule mesure simple, sans technologies révolutionnaires ou bouleversements économiques ou sociaux imposés. Une économie durable de marché se révèle possible. Plutôt qu'une décroissance forcée, l'économie durable de marché ne prêche pas le moins (de productivité et d'échanges) mais le mieux. Elle est la solution écologique progressiste de notre économie actuelle. Plus de qualité, de durabilité, moins de gaspillage, de déchets, la machine productive entière peut se transformer pour limiter au maximum les pertes de matière, d’énergie et l'empreinte économique sur les écosystèmes. L'opposition théorique construite entre économie et écologie n'existe en réalité pas.

 

Le choix artificiellement binaire entre décroissance écologique ou croissance destructrice renouvelle le même manichéisme que celui déjà vécu entre capitalisme et communisme. Il est possible de penser au-delà de ces deux non-solutions : le troisième choix possible est celui d'une croissance durable, écologique, par une économie durable de marché. Progrès, productivité, baisse de consommation des ressources peuvent être unis à l'augmentation des échanges en valeur monétaire. L'économie entière serait donc orientée vers la défense et la reconstruction de l'environnement, qui passerait de support à objectif. Il faut pour cela que les entreprises s'en emparent.

 

L'environnement dans les entreprises capitalistes est encore trop souvent négligé ou l'objet d'initiatives sans impacts financiers masquant leur désintérêt profond, alors qu'il devrait se trouver au cœur de leurs préoccupations, avant même la maximisation du profit. Résoudre la crise environnementale est simple en réalité à expliquer, beaucoup plus difficile à réaliser. La solution se résume en une seule phrase aussi simple à écrire que difficile à mettre en pratique : pour sauver la planète, il suffit de rémunérer les dirigeants des 1000 plus grandes entreprises mondiales sur cet objectif de préservation de l'environnement dans leur entreprise (plutôt que la maximisation du profit). [1]

 

Si tous ces grands dirigeants étaient orientés par leur nomination et rémunération vers la défense de l'environnement, la mutation serait profonde dans ces entreprises dominant l'économie mondiale et par ricochet dans l'économie entière (par leur impact sur leurs usines, leurs entrepôts et bureaux, leurs salariés, leurs fournisseurs, leurs distributeurs et même les Etats où elles produisent et vendent). Des centaines de mesures peuvent être prises rapidement par ces plus grandes entreprises mondiales, chacune réduisant légèrement l'impact écologique mais transformant collectivement l'économie. Si l'environnement devenait le critère principal de rémunération des plus grands dirigeants plutôt que par les stock-options, la diminution en dix ans des dégâts de l'économie sur l'environnement serait sans aucun doute prodigieuse.

 

Comment imposer cette modification d'objectif dans la rémunération de ces dirigeants ? La réponse historique passe par le recours à l'Etat et à ses lois contraignantes mais limitées à un seul pays. Il existe cependant mieux que l'Etat, il existe la société civile, représentée surtout par les clients en économie. Si les clients étaient suffisamment nombreux à demander (ou exiger) une rémunération des dirigeants sur des critères environnementaux, alors l'environnement deviendrait vraiment une priorité. Rémunérer ces dirigeants pour que leur entreprise (et par extension tous leurs salariés, fournisseurs, sous-traitants, distributeurs...) devienne véritablement écologique est la solution la plus simple, rapide et efficace. Il faut par contre en avoir le pouvoir. Les clients l'ont, ensemble. L'utiliseront-ils pour sauver la planète ? C'est une bonne question. Ils savent maintenant comment sauver la planète, rapidement, simplement et efficacement : par la rémunération des dirigeants.

 

L'économie de marché capitaliste dans laquelle nous vivons peut devenir rapidement par une seule mesure simple une économie durable de marché, ingrédient fondamental du remède du capitalisme. L'économie de marché peut être rééquilibrée vers l'écologie en même temps que le social et la liberté. Elle se nomme équinomie.

 

 

Sebastien Groyer

 

(Le livre Destins du Capitalisme dont est issu ce texte est en crowdfunding ici :

https://www.kisskissbankbank.com/destins-du-capitalisme )

 

[1] Choisir seulement les 1000 plus grandes entreprises mondiales est une frontière légèrement arbitraire mais ce nombre impacte déjà suffisamment fortement le monde pour atteindre l'objectif recherché (leurs revenus cumulés sont estimés à plus de 30.000 milliards de dollars - 40% du PIB mondial - et elles emploient plus de 100 millions de personnes directement en 2016). La puissance économique de ces 1000 plus grandes entreprises est telle qu'elle transformerait tout dans l'économie mondiale, dans ce mouvement écologique majeur.

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Faut-il sauver le capitalisme ?

A voir ses méfaits actuels, beaucoup voudraient voir disparaître le capitalisme. Pourtant, sa fin serait une solution pire que le mal. Le capitalisme doit être sauvé et se transformer.

 

Pour décider de le sauver plutôt que désirer sa fin, il faut bien le comprendre. Le capitalisme se définit comme "le pouvoir[1] aux mains des actionnaires dans les entreprises", distinct donc de l'économie de marché, "système économique où les hommes et les prix sont libres"[2]. Marx, Weber, Keynes, Hayek, Schumpeter, Friedman, etc. ont tous pensé le capitalisme comme un système économique global plutôt que comme une configuration - sous-optimale - de pouvoir au sein de l'économie de marché, ce qui a  empêché leur distinction. La distinction est très visible dans la réalité : leurs objectifs s'opposent, monopole contre concurrence, pouvoir contre liberté. Aujourd'hui, nous vivons donc dans une économie de marché capitaliste, mélange de pouvoir aux mains des actionnaires dans la majorité des entreprises (au niveau micro-économique) et de liberté des prix et de choix des acteurs (de son travail aussi bien que des biens et services) au niveau systémique.

 

Pour bien saisir la particularité de l'économie de marché capitaliste, il suffit d'imaginer un instant une économie de marché où les entreprises ne sont pas indirectement dirigées par les actionnaires, capables de nommer et rémunérer les dirigeants. Par exemple, il est possible de penser une économie de marché coopérativiste où les entreprises sont dirigées par les salariés, prenant les risques et rémunérant le capital à un niveau fixé. Cette économie de marché différente, non capitaliste, obéirait encore aux mêmes prix libres, à la même concurrence, au choix libre des clients et plus largement des acteurs. Cependant le capitalisme n'existerait plus puisque les entreprises ne seraient plus dominées par le pouvoir des actionnaires, par le capital et dans un intérêt dominant de maximisation du profit. Ce n’est pas la voie de la coopérative qui est défendue mais elle reste un exemple parlant de distinction.

 

Le capitalisme est un pouvoir. Pour supprimer un pouvoir, il en faut un encore supérieur qui le supplante. La fin du capitalisme nécessiterait un pouvoir plus important que lui, comme le communisme, et donc une escalade dans le mal, dans les réponses de plus en plus totalitaires et violentes. Autant dire une très mauvaise idée du point de vue de la liberté des hommes qui pour se débarrasser d'un pouvoir doivent accepter des pouvoirs encore plus importants. Dans notre cas, il s'agit donc de diminuer le pouvoir, quels qu'en soient les détenteurs, pas de l'augmenter. Répondre au pouvoir par plus de pouvoir est une erreur, en économie comme en politique. Répondre au pouvoir capitaliste par un pouvoir plus grand est néfaste pour notre liberté individuelle, notre épanouissement, notre recherche de bonheur. 

 

L'objectif poursuivi est donc la guérison du capitalisme plutôt que sa fin, par l'instauration de contre-pouvoirs efficaces, dans la plus pure tradition libérale. La domination excessive du capital caractérise la maladie du capitalisme. Sa diminution amènera une liberté neuve, par l'équilibre des pouvoirs obtenu à tous les niveaux économiques. La quête d'un remède pour le capitalisme est donc la quête des contre-pouvoirs qui permettraient de l'équilibrer et de nous libérer véritablement. Ces contre-pouvoirs existent déjà en réalité, symbolisés par l'économie de marché et l'Etat qui équilibrent le capitalisme en s'y opposant, le maintenant finalement en vie. Le capitalisme serait sauvé, en étant équilibré. Nous en serions libérés.

 

[1] Et non la propriété, qui ne change pas de mains (voir en particulier la séparation entre propriété et pouvoir, Berle et Means, The Modern Corporation and Private Property , New York, Macmillan, 1932 )

[2] Cette distinction conceptuelle a été l'objet de ma thèse de philosophie à La Sorbonne soutenue en mai 2015 (Capitalisme et Economie de marché)

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Lancement Officiel de la campagne de crowdfunding !

Le livre Destins du Capitalisme est lancé aujourd'hui en mode crowdfunding ! Il se trouve ici :

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/destins-du-capitalisme

Soutenez le projet si vous voulez transformer le capitalisme (en commençant par le comprendre) !

La date choisie, le 6 novembre 2017 est symbolique, car il s'agit du 800ème anniversaire de la signature d'un document historique, la Charter of the Forest qui donnait des droits d'utilisation de la forêt royale à tous ! Le premier partage économique libéral...

A bientôt,  

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Deuxième et Troisième articles du MFRB sur Destins du Capitalisme

Les articles se sont enchaînés sans que je trouve le temps de les commenter, donc les voilà en brut de décoffrage. Le deuxième s'intéresse au déséquilibre économique entre consommation et épargne, et le troisième à la justice de la propriété. J'y reviendrai certainement dans le futur pour préciser et approfondir ces questions :

http://www.revenudebase.info/2017/10/27/destins-du-capitalisme-23-le-revenu-de-base-pour-reequilibrer-consommation-et-epargne/

http://www.revenudebase.info/2017/11/02/destins-du-capitalisme-33-le-revenu-de-base-pour-renouveler-le-contrat-social/

A bientôt,

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Premier article du MFRB sur Destins du Capitalisme

Ces derniers jours, l'association MFRB (Mouvement Français pour un Revenu de Base) a publié trois articles sur le livre Destins du Capitalisme, chacun soulignant un argument de mise en place d'un revenu universel significatif (50% brut du PIB) dans chaque pays. Voici le lien vers le premier, focalisé sur la robotique et le quaternaire, prochain secteur économique après le tertiaire :

http://www.revenudebase.info/2017/10/25/destins-du-capitalisme1-13-robots-capitalisme-et-quaternaire/

Je vous laisse lire cet article, qui résume bien l'idée que la répartition des gains de productivité par le progrès est indispensable, en particulier avec la révolution de la robotique à venir...

Bonne lecture,

 

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Démarrage du blog Equinomy en Octobre 2017

Bonjour à tous,

En ce mois d'octobre 2017, centenaire de la Révolution d'Octobre 1917 en Russie, le blog Equinomy est lancé ! Un siècle après la mise en place du premier régime communiste, une alternative nouvelle à l'opposition capitalisme-communisme est donc présentée au monde, dans le livre Destins du Capitalisme, l'Equinomie du Quaternaire.

Après deux ans de gestation (issue de ma thèse de philosophie sur le capitalisme et l'économie de marché soutenue en 2015), ce livre sort en financement participatif dès le 6 novembre 2017. L'objet de ce blog sera donc d'en présenter des extraits et de commenter l'actualité en lien avec ce projet, transformer le capitalisme ! Bonne lecture à tous et à très vite,

Sebastien

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